"Guigone" de Joana Vasconcelos exposée dans la boutique des Bains du Nord

A travers une oeuvre souvent monumentale et colorée, Joana Vasconcelos explore la question de l’identité collective. Les arts populaires portugais constituent une partie importante de son répertoire iconographique et formel. Elle s’approprie en les soustrayant à leur contexte d’origine des objets issus de la réalité quotidienne.

C’est tout autant le statut des femmes, que les distinctions entre les différentes classes sociales ou l’identité portugaise que Joana Vasconcelos interroge dans son travail.

Avec la sculpture acquise par le FRAC Bourgogne, ce sont les arts décoratifs qui sont évoqués.
L’oeuvre se présente sous la forme d’une guêpe en céramique, revêtu de crochet, dont l’échelle amplifiée accentue la rigueur du tracé naturaliste. L’oeuvre s’inscrit dans une série de pièces développées par Joana Vasconcelos à partir d’un ensemble restreint de faïences dessinées par Rafael Bordalo Pinheiro (1846-1905), céramiste portugais, également journaliste, illustrateur et caricaturiste. Il fonda la Faïencerie de Caldas da Rainha, où il produisit notamment de nombreuses céramiques zoomorphes, qu’il présenta en 1889 dans le pavillon portugais lors de l’exposition universelle de Paris. Son pavillon fut primé. Ce bestiaire céramique fut produit dans les années 1850, représentant de façon naturaliste, mais dans des proportions démesurées ces animaux.

L’appropriation de l’artiste, dans le cadre de la vaste production céramique de Rafael Bordalo Pinheiro, inclut seulement la représentation naturaliste d’animaux dont la proximité avec l’Homme serait capable de créer une certaine gêne, crainte ou peur. Lézards, serpents, crabes, grenouilles, taureaux, chevaux, loups, ou bien même chats en positions agressives sont élégamment emprisonnés par une délicate maille en crochet, produisant un discours apte à rénover les flux de signification associés aux habituelles relations entre culture populaire et culture érudite, entre tradition et modernité.
Joana Vasconcelos a recréé au Museu da Cidade de Lisbonne un jardin Bordalo Pinheiro, à partir des moules originaux retrouvés à l’usine de Caldas, moules qu’elle a largement contribué à sauver.
L’artiste choisit clairement de s’inscrire dans cette tradition “bordalienne“, elle a très fortement gardé le goût des arts décoratifs. Cette oeuvre brouille les pistes évoquant aussi bien par le crochet un certain kitsch portugais, que la reconnaissance du savoir-faire des métiers d’art.

Joana Vasconcelos commença à travailler avec ces céramiques Bordalo Pinheiro en 2005, mais c’est en 2007 qu’elle opéra une sorte de travestissement en les habillant de dentelle de crochet, les faisant ainsi changer de statut et d’identité. Cette dentelle de crochet est dessinée par l’artiste et produite par les dentelières des îles des Açores perpétuant les techniques et le savoir-faire de ce crochet ancien et unique. La guêpe n’a été produite qu’après la redécouverte par l’artiste du moule original. Ainsi détournée par l’artiste, la guêpe gagne une nouvelle autorité. La sculpture appartenant au FRAC Bourgogne, première oeuvre de l’artiste à entrer dans une collection publique française, est une pièce unique s’inscrivant dans une série de six. Chacune des six guêpes porte le nom d’une personnalité féminine ayant marqué l’histoire du lieu pour lequel elle est destinée. La guêpe bourguignonne, dont la production a été spécifiquement achevée en vue d’entrer dans la collection du FRAC Bourgogne, porte le prénom de Guigone de Salins (1403-1470). Ce prénom a été choisi par l’artiste, sur proposition de la directrice du FRAC Bourgogne, en référence à cette personnalité de la noblesse bourguignonne, fondatrice aux côtés de son époux, Nicolas Rolin, des Hospices de Beaune en 1443 et dont le rôle dans la vie sociale et culturelle du duché fut éminent.