La peinture en apnée


Une proposition du Pôle d’Action et de Recherche en Art Contemporain de Dijon*
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Cette action s’inscrit dans le cadre des réflexions conduites par les enseignants
de l’axe de recherche Peinture & Couleurs de l’ENSA Dijon.
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Commissariat : Xavier Douroux, Astrid Handa-Gagnard et Pierre Tillet
pour Le Consortium, le FRAC Bourgogne et l’ENSA Dijon
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Exposition du 25 mars au 30 juillet 2017
Vernissage samedi 25 mars 2017 à 12h00 aux Bains du Nord
16, rue Quentin 21000 Dijon
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Cette exposition bénéficie du soutien de la société Adhex
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Horaires d'ouverture des Bains du Nord en période d'exposition :
Mercredi, jeudi, vendredi, dimanche : 14h30/18h
Samedi : 11h/13h - 14h/18h

Le fait n’a rien de neuf. Que ce soit sur le versant abstrait ou dans un registre figuratif, l’immersion du regardeur au sein du tableau a revêtu un sens nouveau dans les pratiques picturales postérieures aux années 1950. De l’immersion à l’apnée, il est possible qu’il n’y ait qu’un pas, que cette exposition au FRAC Bourgogne invite à franchir. Son titre pourra paraître facétieux aux yeux de certains. D’inventifs visiteurs pourraient y voir une invite à découvrir un ensemble de tableaux au pas de course, en retenant leur respiration, dans une réinterprétation d’une performance de Martin Creed (1). Toutefois, l’intitulé « La peinture en apnée » ne saurait être réduit à cette seule hypothèse. Même s’il arrive que certaines œuvres séduisent ceux qui les observent au point de leur « couper le souffle », l’énoncé qui donne son nom à cette exposition implique une suspension qui n’est pas uniquement physique. Au terme « apnée », il est loisible de rattacher diverses sortes de déprises : la perte heureuse de ce que l’on croyait savoir sur la peinture, le sentiment d’être dépossédé de ce que l’on croyait être ses goûts propres, une suspension du temps, etc.
De nombreux tableaux produisent de tels effets, et bien d’autres encore. On a peut-être oublié que des objets peints littéralement sur le motif possédaient, lorsqu’ils ont été produits, une charge discrètement explosive. De même, certaines toiles offrent de grandes traversées au regard tout en n’étant que ce qu’elles sont, le résultat d’un « transfert de la peinture du tube qui la contient à l’étendue à laquelle on la destine » (2), ce qui n’est pas sans surprendre, encore aujourd’hui. Quant aux nombreuses entreprises de revitalisation du tableau - par sa déstructuration, par l’invention d’une nouvelle manière de représenter l’histoire, le paysage, ou de simples pin-up -, elles n’ont de cesse d’étonner par leur diversité.


Comme le savent les artistes et ceux qui conçoivent des expositions, et ainsi que l’avait formulé Louis Marin, « l’accrochage n’est pas une opération secondaire indifférente à l’œuvre d’art, mais une des séquences de sa production » (3). Le choix retenu ici a consisté à susciter des tensions entre figuration et abstraction, au sens plein des deux termes, en évitant toute catégorie pouvant relever à la fois de l’une et de l’autre. Cette décision a été dictée par les œuvres de l’exposition. Certains artistes invités ont un lien avec ce qui s’impose présentement comme une véritable scène picturale, les plus nombreux en sont directement les acteurs. Cette scène particulièrement dense, où conversent abstraction et figuration fièrement assumées, c’est à Dijon qu’elle se fait entendre. Une de ses particularités est le lien qu’elle entretient avec l’École nationale supérieure d’art et de design de la ville : une institution qui trouve son origine à la fin du XVIIIe siècle et qui se montre aujourd’hui particulièrement active en matière de peinture, tant sur le plan de l’enseignement que sur celui de la recherche. Tel est l’autre aspect de ce rassemblement de tableaux : reconnaître l’importance de ce qui est « situé » et l’intérêt de l’articuler à une conscience globale.

Notes
(1) Nous nous référons à l’œuvre de Martin Creed, Work No. 850, qui a été réalisée à la Duveen Gallery (Tate Britain, Londres). Elle consistait à faire courir des hommes et des femmes au maximum de leur vitesse dans toute la longueur de la galerie, toutes les trente secondes. La longueur de l’espace était proche de celle d’une piste de sprint indoor. Chaque course était précédée d’une pause d’une durée équivalente, comparable à une sorte de « silence » musical, pendant laquelle la vaste galerie néo-classique était vide.
(2) Propos d’Olivier Mosset en 1966. Voir O. Mosset, Deux ou trois choses que je sais d’elle… Écrits et entretiens, 1966-2003, édités et présentés par Lionel Bovier et Stéphanie Jeanjean, Genève, MAMCO, coll. « Écrits d’artiste », 2003.
(3) Louis Marin in Fabrice Hergott, « Réponses au questionnaire “Accrocher une œuvre d’art” », Les Cahiers du Musée national d’art moderne, no 17/18, « L’œuvre d’art et son accrochage », 1986, p. 207.

* Le Pôle d’Action et de Recherche en Art contemporain est composé de 4 membres fondateurs qui sont : la Direction des Musées et du Patrimoine de Dijon, l’Ecole Nationale Supérieure d’Art de Dijon, le FRAC Bourgogne et Le Consortium.

Photo :
Ida Tursic & Wilfried Mille, Landscape and Sainte-Victoire, 2015
Photographie : def image, Courtesy Galerie Max Hetzler, Paris-Berlin