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« ... j’ai décidé de fabriquer une nouvelle machine actionnée par une pompe à main fixée au mur de la galerie. Le “dessin” qui en est sorti était le résultat d’un rapport physique à l’œuvre. Quand on actionnait la pompe, on se retrouvait avec une flaque de boue qui s’étalait au sol de la galerie. La flaque s’est agrandie tout au long de l’exposition. Parfois la boue se desséchait, parfois on actionnait à nouveau le bras de la pompe et la gadoue s’étalait encore plus. Je n’avais aucune idée de la quantité de boue qui pouvait être expulsée au cours de l’exposition, mais j’avais prévu dans le réservoir assez de boue pour recouvrir toute la surface au sol de la galerie. Le titre de l’œuvre se révélait en négatif sur une partie du mur, éclaboussé de boue lui aussi. Des lettres en plastique avaient été collées au mur et retirées ensuite lorsque la boue avait séché. Les mots “Earth Moving Pump Action” étaient clairement visibles. (1) »
Cette présentation par l’artiste elle-même des conditions de réalisation de l’œuvre fournit de précieux détails quant aux intentions (et aux doutes) qui l’animent.
Depuis son apparition sur la scène artistique à la fin des années quatre-vingt, le parcours d’Angela Bulloch se caractérise par une relecture distanciée des procédures avant-gardistes, notamment conceptuelles, des années soixante. Organisée en “familles” d’œuvres, sa démarche décline simultanément des installations “interactives” (où la présence voire les gestes du spectateur interfèrent et font partie intégrante de l’œuvre), des pièces de langage (les Rules series présentent, hors contexte, des règlements intérieurs ; des onomatopées sont peintes à même le mur), des œuvres lumineuses (les fameux globes qui tantôt s’allument, tantôt s’éteignent, et rendent manifeste une présence familière et banale de la technologie), des vidéos (par exemple, une, version personnelle du Solaris, 1972, de Andreï Tarkovsky) et aussi des machines à dessiner.
Earth Moving Pump Action, 1994, est une sorte de “machine à peindre” présentée avec son mode d’emploi. À la fois restes d’un geste qui remémore le lyrisme de la peinture expressionniste et gestuelle des années cinquante et qui singe également la manière dont le célèbre artiste anglais Richard Long retrouva les cimaises de la galerie ou du musée après avoir tenté d’y échapper par ses promenades solitaires, cette œuvre est également un réservoir qui s’offre à la manipulation du spectateur. Disponible, anti-romantique, prêt à déborder, ce dispositif s’énonce en négatif, comme son titre.
Yannick Miloux
1. Angela Bulloch, in cat. Surface de réparations, Frac Bourgogne, Dijon, 1995, p. 62
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Œuvres de l'artiste acquises par le FRAC Bourgogne
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| Earth Moving Pump Action, 1994 |
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