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C’est dans le contexte de la fin des années soixante-dix marquées, dans le sud de la France, par les avatars d’une peinture « post-matissienne » que Jean-Claude Ruggirello fait ses études à l’École Nationale des Beaux-Arts de Marseille. En 1980, une année complète à la Horschule für Bildendkunst de Hamburg lui permet de s’immerger totalement dans un univers artistique où la vidéo, les installations sonores et le cinéma expérimental, constituent les principaux outils des artistes.
En 1982, une première installation importante à la galerie de Paris consiste dans le déclenchement simultané, au moyen d’un dispositif électromécanique, de deux téléphones, sonnant chaque jour à la même heure. Le son, l’autonomie du dispositif artistique, mais aussi sa capacité à prendre en compte le lieu d’exposition et la présence du spectateur sont des dimensions essentielles des œuvres de Jean-Claude Ruggirello : car celles-ci visent à générer un sentiment de l’espace, en évacuant toute préoccupation d’image et toute narration comme toute dimension psychologique. C’est en quoi il est possible de rapprocher le travail de Jean-Claude Ruggirello de celui d’un sculpteur dont les outils seraient les appareils de projection lumineuse et de diffusion sonore, et la « matière » les espaces mêmes de projection et de diffusion. Le mouvement que permettent les projections est le moyen essentiel de ces explorations de l’espace réel ; les œuvres, pour cette raison, ne seront jamais exposées dans un espace sombre, ou dans des conditions proches de celles du cinéma, car « faire le noir » équivaut pour l’artiste à la perpétuation, en sculpture, du dispositif du socle dont la modernité a opéré la critique et le rejet définitifs. De plus, l’artiste s’intéresse vivement aux effets de concurrence entre la lumière des appareils vidéo (écrans ou projections) et la lumière ambiante : car l’œuvre n’est jamais une construction illusoire élaborée contre le monde réel mais un instrument de connaissance et de compréhension de l’espace et du temps que nous habitons.
Full Moon, 1999, met en jeu toutes les données traditionnelles du cinéma (lumière projetée, frontalité, mouvement, rapport d’échelle), mais en utilisant les moyens directs d’un rétroprojecteur qui amplifie une donnée immédiate, non enregistrée et donc non fragmentée, au contraire de celle d’un film. Sur le plateau-miroir « qui ondule comme la surface d’un lac agité par une brise très légère » (Jean-Claude Ruggirello), deux billes métalliques produisent le mouvement de deux points noirs qui se déplacent avec un certain décalage : on perçoit comme une liaison entre ces points, l’un semblant initier (ou conduire) le mouvement de l’autre à l’intérieur du cadre qui, par ses bords, constitue les limites de l’espace. Il s’agit d’une composition mobile d’une rigoureuse abstraction : le titre de l’œuvre sonne ainsi comme un joyeux défi au fait de toujours percevoir le cercle dans une relation d’image (« Et puis, je n’ai pas peur de le dire, le cercle n’est pas abstrait. C’est un soleil, une lune, un sein, une fesse, etc. », François Morellet). On pourra ainsi rapprocher formellement la projection de certaines peintures de Marcia Hafif où le cercle est un pur élément mobile dans la composition de la toile. L’œuvre de Jean-Claude Ruggirello semble enfin conduire à quelque fascinante méditation sur les relations de la contrainte et du hasard, de la nécessité et de la liberté, dans les conditions de pesanteur de notre monde sublunaire.
Emmanuel Latreille
Jusqu’au début des années quatre-vingt-dix, Jean-Claude Ruggirello s’était livré à de nombreuses expérimentations qui utilisaient le dessin, la performance, et surtout l’objet, tantôt pris comme sculpture, tantôt comme élément d’installation. Tous ces travaux étaient caractérisés par le mouvement, les mutations physiques des matériaux, le rôle important du son et de la lumière. L’image mobile était déjà au centre de ses préoccupations. Plusieurs pièces faisaient ainsi intervenir des rétroprojections qu’animaient en temps réel les mouvements in vivo de facteurs imprévisibles : eau, insectes vivants etc.
Cela devait le conduire, dans les années qui suivirent, à se tourner vers la vidéo. Pour toutes ses installations vidéographiques, Jean Claude Ruggirello opère à partir de principes simples, binaires, axés sur les couples Yes/No et In/Out. Cet outil de découpage et de fragmentation, d’association/opposition lui permet de travailler sur des rythmes qui questionnent des temps et des espaces relatifs et dans lesquels les incidences hors champ sont essentielles. Plusieurs pièces de cette période mettent en jeu des glissements d’images, d’un moniteur à l’autre, des translations de gestes ou d’objets.
Dans ses toutes dernières réalisations, la logique du montage d’images enregistrées va céder le pas à la mise en œuvre de lumière pure.
L’efficacité épurée de ces pièces, qui se passent des repères figuratifs, fait appel aux mécanismes simples des premières installations – le rétroprojecteur pour Full-Moon, 1999, collection du Frac Bourgogne – ou au contraire, à des programmes complexes d’ordinateurs.
C’est le cas pour I !, 1999. L’œuvre est toujours basée sur un échange de flux. Elle continue à nous parler de rythmes, d’échanges, de temps et d’espaces.
Une fois de plus Jean-Claude Ruggirello met ici en rapport les instruments les plus archaïques et les instruments les plus sophistiqués des technologies nouvelles : sablier et écrans à cristaux liquides, mosaïque et pixels, peinture et électronique, etc.
La disposition de ses deux éléments muraux établit immanquablement une analogie plastique qui nous ramène à l’histoire de la peinture concrète et à ses multiples jeux de permutations.
Mais la métaphore canonique de l’écoulement du temps dont le sablier était porteur est aujourd’hui dépassée par une notion d’échange perpétuel. Les images qui se font et se défont sous nos yeux semblent obéir à des lois totalement aléatoires sans commencement ni fin. En sont exclues les notions d’entropie ou de déperdition. Vanité absolue d’un dispositif en circuit fermé, qui n’existe plus que pour lui-même et ne peut plus nous fournir le moindre repère temporel.
Hubert Besacier
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Œuvres de l'artiste acquises par le FRAC Bourgogne
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| Full Moon, 1999 |
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| I !, 1999 |
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