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Même en Allemagne, l’œuvre de Rolf Julius reste relativement peu connue, sauf pour les cercles d’amateurs intéressés au mouvement Fluxus et aux relations entre arts visuels et arts sonores. C’est sans doute au Japon que l’artiste trouve sa meilleure audience, l’occasion de jouer des concerts-performances, de collaborer avec des musiciens, d’enregistrer des disques, et d’exposer de temps à autre ses dessins et ses sculptures.
L’ensemble d’œuvres de la collection du Frac Bourgogne est particulièrement représentatif de la démarche de l’artiste.
Suspendu depuis le plafond, le grand haut-parleur de Large Black,1996-1997, devient un récipient pour quelques grammes de pigment noir qui s’agitent à la moindre palpitation de la membrane. Les trémolos et les crépitements de la bande sonore trouvent un équivalent visuel et spatial qui rapproche le son d’une matière vivante, éruptions, fumerolles et nuages à échelle réduite. Disposé à hauteur moyenne, le son est diffusé à la verticale, à faible volume, vers le plafond. Juste sous nos yeux, à une échelle toute proche, un paysage microscopique évolue aux accents des mélodies électroniques.
Même économie de moyens dans l’ensemble intitulé Staub Dust, réalisé l’année suivante à l’occasion de l’exposition Poussière (dust memories) au Frac Bourgogne en 1998. Ici, la sculpture se présente au sol sous la forme de quelques bols et soucoupes où l’artiste a disposé de petits haut-parleurs. Chaque récipient contient aussi de la poussière récupérée en quantité, et est relié comme une plante, par un réseau de fils, à un mini équipement de lecture pour disques compacts, à même le sol.
Au mur, comme une partition, quelques dessins rapidement notés à l’encre où l’artiste propose des vues rapprochées des diffuseurs sonores en pleine action, certaines hachures et autres arabesques représentant les différentes modulations du son.
Ainsi, le visiteur est-il invité à une écoute attentive ; peut-être vaut-il mieux alors s’accroupir jusqu’à se rapprocher de ce modeste paysage sonore. Il pourra ainsi affleurer de l’œil et sentir mieux la réflexion globale du son sur la surface du sol, isoler certains fragments et parcourir les méandres de ce jardin électronique, voir et écouter chanter la poussière.
Régulièrement présentée dans toutes les expositions internationales qui ont montré la sculpture sonore du XXe siècle, depuis Luigi Russollo jusqu’à Max Neuhaus (1), l’œuvre de Rolf Julius s’affirme comme une parfaite hybridation entre le sonore et le visuel dans une économie de moyens qui doit autant à Kurt Schwitters qu’au mouvement Fluxus dont il est issu.
Deux nouvelles œuvres de l’artiste sont venues compléter l’ensemble déjà acquis. Corner Piece, 2001, littéralement pièce de coin, est un micro paysage qui se déploie sur le sol, le long d’une plinthe. Constitué d’un ensemble de près de cinquante mini haut-parleurs et de quelques soucoupes, l’orchestre miniature bruisse de sons modulés. La nappe musicale se répand au sol et s’appuie sur le plan vertical du mur, le coin faisant chambre d’écho.
« La surface d'un son m'intéresse. Qu'elle soit ronde ou angulaire, ... et rugueuse, ou douce, etc... Je m'intéresse à la distance d'un son. Est-ce qu'il sonne différemment plus près qu'à une certaine distance, je veux dire, si l'on doit s'incliner pour percevoir un son... (2) »
L’artiste parle en ces termes de son attachement à la surface sonore. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles il a mis au point cette technique d’impression jet d’encre sur papier japonais que l’on retrouve dans Large Piano Piece, 2001 : pour trouver la bonne distance avec la surface du son. Pour chaque dessin, le motif circulaire, ovale, rectangulaire ou carré est obtenu par saupoudrage de pigment, avec ou sans pochoir. Ensuite, le motif est numérisé pour être reporté sur un papier précieux. L’exploration de la surface sonore est retranscrite dans l’esprit d’un code visuel qui évoque une partition, l’effet tabulaire de l’organisation des dessins au mur y contribue également.
On décèle le même esprit low-tech dans l’hybridation de la nouvelle technologie de reproduction des images, entre une technique primitive de dessin et de peinture et un support de papier ancien, comme dans la plupart des sculptures de l’artiste, toutes basées sur une économie réduite (de survie ?) et de légers dérèglements.
Yannick Miloux
1. Citons, pour mémoire, Ecouter par les yeux, ARC Musée d’art moderne de la ville de Paris, Paris, 1980 ; Broken Music, Centre national d’art contemporain Le Magasin, Grenoble 1989-1990 ; Klangskulptur, Ludwig Museum, Coblence, 1995 et l’édition 1998 du festival Musique en scène, Musée d’art contemporain, Lyon.
2. Rolf Julius - Small Music (grau), Kehler Verlag, Heidelberg, 1995, dos de couverture.
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Œuvres de l'artiste acquises par le FRAC Bourgogne
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| Large Black, 1996-1997 |
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| Staub Dust, 1998 |
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| Staub Dust, 1998 |
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| Large Piano Piece, 2001 |
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| Corner Piece, 2001 |
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