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Ann Veronica JANSSENS
Née en 1956 - Folkestone Royaume-Uni

Si la lumière est depuis toujours une des préoccupations majeures de l’art, c’est qu’elle est l’instrument de la visibilité, la condition sine qua non de l’apparition du monde. Cette vérité peut résonner comme un truisme, elle n’est pourtant pas sans intérêt dans l’analyse de l’art d’Ann Veronica Janssens ; dès lors elle permet de mettre au jour le déplacement ontologique qui le constitue. Car l’artiste a pris le parti d’inverser le rapport usuel de l’objet à l’éclairage. Dans son œuvre, la lumière n’est plus un instrument ou une condition mais un sujet. La lumière pour ce qu’elle est, une paradoxale matière diffuse. La couleur (tamisée, éclatante, hypnotique), la fumée (épaisse, tactile), l’espace (transparent, organisé, réarrangé)… sont autant d’éléments qui se mettent au service de son expérimentation.
« La lumière du Soleil a un certain poids, écrit l’auteur de science-fiction Philip K. Dick. Chaque année, la Terre pèse cinq tonnes de plus en raison de la lumière qu’elle reçoit du Soleil.[…] L’autre jour j’ai calculé que depuis […] 1940, près de neuf cent tonnes de lumière solaire étaient tombées sur la Terre. » Une matière donc. Mais impalpable. C’est cette condition paradoxale qui intéresse Ann Veronica Janssens, cette propension de la lumière à osciller entre le défini et l’indéfini. Aussi ses œuvres expérimentent, elles évoluent dans un entre-deux, suspendues entre les forces terrestres et les ondes volatiles, flottantes.
La pièce Sans titre, 2003, du Frac Bourgogne pourrait alors se lire comme le paradigme de sa pratique artistique. Elle est composée d’un ballon blanc de 2 mètres de diamètre parfaitement sphérique. Gonflé à l’hélium, il flotte dans les airs, en son cœur une ampoule halogène dont les rayons, filtrés par la peau du ballon, dégagent une lumière blanche. Un câble alimente la lampe et ancre l’objet dans l’espace. L’œuvre développe une poétique visuelle à la fois sensible et discrète. Le dispositif irradie l’espace, l’incorpore, l’amalgame, il déborde et transcende sa seule représentation en jouant sur notre perception. La lumière émanant de l’objet se diffuse jusqu’à modifier notre rapport à l’espace, il le redessine à travers notre propre vision. La pièce s’échappe, elle provoque une expérience personnelle, une émotion visuelle.
Ce rapport sensible de l’œuvre au spectateur est également perceptible dans Freakstar n°2, 2005. Mais contrairement à la pièce Sans titre dans laquelle les rayons de lumière se diffusent vers l’extérieur, celle-ci parait délimiter son contour, centrer son objet. D’une extension à une concentration, de l’émanation à l’immanence, les deux œuvres se répondent comme pour mieux éprouver les multiples caractéristiques de l’émission lumineuse, épuiser ses possibles. Dans Freakstar n°2, cinq faisceaux se croisent pour former une étoile impalpable. Ils paraissent désigner une absence. Les feux de ce dispositif n’éclairent aucune curiosité (freak), si ce n’est les légères volutes de brouillard artificiel qui prises au piège des projecteurs capturent à leur tour l’inconstante matière lumineuse. L’étoile par la lumière et la lumière par l’étoile, le dispositif pourrait renvoyer à l’astronomie dans laquelle chaque étoile n’est « vivante » que par le rayonnement qu’elle renvoie. D’une œuvre à la carte du ciel, d’un espace à un autre, une géométrie suspendue. Le mouvement de l’air détermine les variations de l’installation, autant dire que c’est l’intangible qui la contrôle. Bien que solidement accrochée à l’espace, elle n’en reste pas moins vulnérable, laissée à la merci des courants déclenchés par les déplacements des spectateurs.
Les moyens et les formes d’Ann Veronica Janssens sont minimaux, l’effet délicat. C’est ce qui fait la force de son art, il est une solution formelle apportée à des préoccupations sensorielles, solution formelle qui s’impose sans violence, ni contrainte. Ses pièces refusent les effets spectaculaires et les éléments monumentaux, et trouvent une justesse dans leur simplicité structurelle qui permet un rapport émotionnel direct à l’œuvre et à l’espace. Le critique Hans Theys parle, à propos de l’œuvre d’Ann Veronica Janssens, d’humilité : « L’humilité c’est la justesse du regard. Ne voir ni trop ni trop peu. Essayer de voir les choses à leur place. Ne pas interférer. L’humilité, en art, se traduit par des interventions nécessaires, économes de moyens, qui sont adaptées à l’environnement. » Nos sens l’auront sans doute perçu avant notre raison, l’art d’Ann Veronica Janssens est une subtilité.

Guillaume Mansart


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Œuvres de l'artiste
acquises par le FRAC Bourgogne
Sans titre
Sans titre, 2003
Freak Star n°2, 2005

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Historique des expositions organisées par le FRAC Bourgogne auxquelles l'artiste a participé

1:1 x temps - quantités, proportions et fuites 2003
De l'intérieur 2005
Le Génie du lieu 2005
L'art, c'est renversant 2007



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Fonds régional d'art contemporain Bourgogne