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Marc Camille CHAIMOWICZ
Né en 1946 - Paris France

Présentée d’abord au Centre d’art contemporain de Varsovie en 1993 puis au Consortium à Dijon et au Centre d’art contemporain le Quartier à Quimper en 1994, La suite de Varsovie, 1993-94, de Marc Camille Chaimowicz, est un ensemble pictural qui comporte trente-deux panneaux de bois peint (240 x 120 cm) et treize paires de peintures sur bois et toile réalisées entre 1991 et 1994, ainsi qu’un nombre variable de peintures murales selon le lieu que son installation investit.
Œuvre aux connotations fortement biographiques, dans laquelle on retrouve entre autres les motifs décoratifs utilisés avant la guerre dans un certain nombre de pays de l’Est, dont la Pologne, La suite de Varsovie apparaît comme une phase cruciale dans le travail de l’artiste.
On y retrouve des pratiques et des thématiques qui ont marqué les vingt dernières années de son travail, rassemblées en une sorte d’environnement monumental, proliférant, mais délibérément mis à plat et désarticulé.
Rejoignant à “rebrousse-histoire” et en raccourci les stratégies de l’épanchement de la peinture dans l’espace vital, logiquement menées jusqu’à sa disparition – ainsi que l’avaient prophétisé les utopies modernistes – La suite de Varsovie opère aussi un renversement : c’est elle, la peinture, qui se charge, via le motif de ses panneaux, des lieux originaires qui la traversent et la suscitent. Sont ici en jeu les questions du rapport, des points de contact, voire de fusion, entre peinture et décor, des rapports entre la peinture et le lieu, entre l’acte de peindre et celui de vivre un déplacement.
La question du tableau est abordée là dans une condition qui n’est aujourd’hui “assumable” que depuis l’acuité distancée installée par Andy Warhol.
Le tableau y est dédoublé pour être placé en deux positions distinctes : l’une comme icône sur le mur blanc de la galerie de type white cube, l’autre dans le décor dont elle procède en partie, qui la connote, qu’elle décode et qui la réintègre.
L’œuvre est ce tout, enchevêtré. Le tableau met ici en échec la hiérarchie picturale par sa propre duplicité.
Quant au panneau, parfois porteur du tableau, dévalorisé par cet autre objet qui le soumet à une échelle de valeurs culturelles, mais néanmoins objet d’art lui-même, ni mur, ni œuvre, il assure la problématique de l’ambivalence entre la peinture et le décor.
Très tôt dans les dispositifs de l’artiste, (Here And There, Hayward Gallery, Londres 1978, Un certain art anglais, ARC Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, 1979), les panneaux sont appuyés de guingois contre le mur, comme temporairement déposés là, et leurs bords se chevauchent. C’est une manière d’incorporer le sens du temps, la légèreté de l’acte, le caractère éphémère de l’installation dont certains éléments se présentent comme des pages à tourner.
La négligence affectée, délibérément jouée pour renforcer cette idée de provisoire, est parfaitement calculée, infiniment composée. Elle s’applique en toute logique au principe même de la pièce : l’établissement d’une présence précaire, dans une sensibilité au lieu spécifique investi.
Au moment où l’artiste accède au lieu originaire, La suite de Varsovie se clôt sur une “autosaturation” : elle rassemble presque trois ans de production picturale, les condense et les démultiplie. Face à face, les tableaux dans la condition de l’exposition et leurs doubles, intégrés, absorbés par le décor, nous tendent le piège d’une fausse altérité. Le tableau bute sur lui-même, se confronte à sa propre image, dans une inconfortable gémellité.
Ainsi l’œuvre rompt-elle avec tout ce que peut encore véhiculer le mythe de l’unicité néo-romantique, pathétique, de l’acte de peindre. La peinture apparaît tout à coup pour ce qu’elle est : une expérience relative et relationnelle, un processus plutôt qu’une entité unique. Sans cesser d’occuper sa place ambiguë, le tableau devient ce mutant singulier, totalement requalifié par son clone.

Comme la mention revisited l’indique, Marc Camille Chaimowicz revient là sur une des pièces fondatrices de son parcours d’artiste.
Celebration ? Real Life faisait partie d’une manifestation intitulée Three life situations [Situations tirées de trois vies], programmée à la Gallery House de Londres en 1972.
Les deux autres protagonistes étant Gustav Metzger et Stuart Brisley, tous trois occupant une partie distincte du bâtiment.
L’action de Marc Camille Chaimowicz consistait à s’installer dans l’espace qui lui était dévolu - une grande salle de bal au rez-de-chaussée - pour y vivre pendant tout le temps de l’exposition, y accueillir les visiteurs, leur offrir un thé un café ou un gin et discuter avec eux.
L’environnement créé par l’artiste pour la circonstance faisait délibérément appel à des objets de pacotille. Opposant une conception réactive du low art à la conception traditionnelle de l’œuvre d’art, Marc Camille Chaimowicz s’était entouré d’objets populaires qui jonchaient le sol : confettis et cotillons, masques pour soirées de fête, boules de bal à facettes, colliers de perles bon marché, ainsi que des bibelots ou des accessoires de mode, chaussures et sous-vêtements féminins, tout un ensemble de colifichets clinquants et faussement chics.
Des fleurs, de la poudre argentée, des disques de musique également populaire, (Bob Dylan, Les Rolling Stones, Janis Joplin…) parachevaient l’ambiance.
L’artiste et ses invités étaient assis à même le parquet. Les volets de la salle étaient clos. Ainsi l’installation, coupée du temps, se caractérisait-elle par sa lumière artificielle continue et les couleurs qui la composaient : des guirlandes lumineuses, un stroboscope, quelques projecteurs aux faisceaux colorés, les lueurs de bougies reflétées par les miroirs fragmentés des boules de bal.
Dans son négligé intime, d’une parfaite élégance, cette situation manifestait une volonté de rompre avec l’attitude dogmatique et sentencieuse de ce qui se revendiquait comme le Grand Art, avec la préciosité de l’objet d’art traditionnel, mais aussi et peut-être surtout, avec la brutalité - parfois affectée - de l’art corporel alors en vigueur.

Reprise vingt-huit années plus tard, quoique faisant appel à la même typologie d’objets, la pièce revêt évidemment un caractère différent. D’abord parce qu’il s’agit désormais d’une installation au sens strict du terme, et non plus de l’environnement d’une action. Ensuite, parce que le contexte et le regard ont changé : l’installation est devenue une pratique courante dans les arts plastiques et le recours aux objets de la low culture s’est tout à fait banalisé. Cette pièce a donc traversé le temps en prenant, au regard des générations nouvelles, un nouvel aspect. Au-delà du témoignage d’un état d’esprit et d’une pratique plastique historiques, sa recréation fait d’elle une œuvre vivante qui accompagne l’évolution mentale et créatrice de son concepteur.
Celebration ? Real life apparaît donc désormais comme une œuvre promise à de périodiques réactualisations dont Marc Camille Chaimowicz peut revendiquer chaque avatar comme une œuvre totalement actuelle.
Par le soin tout particulier apporté au choix des couleurs, des sons et des références, par son air d’abandon faussement désinvolte, elle participe d’un dandysme singulier, teinté d’un érotisme diffus, qui caractérise l’ensemble des créations de l’artiste.

Hubert Besacier

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Œuvres de l'artiste
acquises par le FRAC Bourgogne
Celebration ? Realife Revisited
Celebration ? Realife Revisited, 1972-2000
Sans titre
Sans titre, 1988
La Suite de Varsovie, 1993-1994
Banc (La Suite de Varsovie)
Banc (La Suite de Varsovie), 1996

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Historique des expositions organisées par le FRAC Bourgogne auxquelles l'artiste a participé

L’hôtel Bouhier de Savigny reçoit le Frac 1994
Morceaux choisis 2 1996
La suite de Varsovie de Marc Camille Chaimowicz 1997
Œuvres du Frac Bourgogne 1998
Né un 3 septembre 2002
NUES & NUS 2005
Aventure de tous les jours 2006
Collections sans Frontières IX. You Are My Mirror 2008



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Fonds régional d'art contemporain Bourgogne