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Matthew BUCKINGHAM
Né en 1963 - Iowa tats-Unis

Dans ses installations vidéo ou projections, Matthew Buckingham reconstruit le plus souvent de façon personnelle l’histoire d’un personnage ou d’un lieu sur la base d’une recherche historique très poussée. Il a ainsi pu travailler sur Lichtenberg, Goethe et Lavater, Mary Woolstonecraft ou la Hudson River. Même lorsqu’il se penche sur des personnages connus et dont la vie a été maintes fois explorée, il établit souvent des connexions nouvelles et nous permet d’établir leur relation au présent. Absalon, le fondateur mythique de Copenhague, est le point d’ancrage de Image of Absalon to be projected until it vanishes (2001). Le titre constitue ici le protocole de présentation de l’œuvre : l’image doit être projetée jusqu’à sa disparition. La projection est accompagnée par un écrit et une bibliographie.
Dans cette œuvre, l’artiste se sert d’une contrainte essentielle dans la projection d’une diapositive : faire défiler les images. Sans changement d’image, la lampe du projecteur finit par brûler et donc effacer l’image projetée. Le dispositif conçu pour faire apparaître fait alors disparaître. Cet effet devient ici le principe générateur de l’œuvre.
Le choix du point de vue et la disparition annoncée du chevalier provoquent d’abord une sensation de nostalgie. C’est comme si sous nos yeux, le cheval s’animait et emportait Absalon lentement vers sa dernière aventure, au-delà de l’horizon. Pour nous autres, enfants du cinéma, cette vue de dos d’un chevalier disparaissant évoque puissamment les images du lonely rider vainqueur, qui disparaît à la fin du Western et nous laisse seuls pour rêver à ses exploits et souffrances.
Mais l’œuvre touche aussi à un élément tout à fait singulier de ce type de monument posthume : à une distance de sept cents ans, le degré d’arbitraire d’une telle représentation paraît extraordinaire. La posture et le visage d’une telle statue sont en réalité des attributs, pour ne pas dire des fictions. Se donnant comme statue et non comme représentation particulière, cette vue de dos visuellement décontextualisée, pourrait être une figure type de la statue équestre. L’effacement de la représentation dans un processus lent et naturel questionne ainsi la possibilité de figer l’image d’un personnage historique dans un monde fugitif.
L’écrit de Buckingham, affiché à côté de la projection, recèle également une double dimension : d’un côté, il donne des informations sur l’homme représenté, de l’autre, quelques éléments clés de l’histoire de la statue elle-même. Nous y apprenons qu’Absalon fonda Copenhague au XIIe siècle de notre ère et que l’évêque guerrier commanda la première histoire écrite du peuple danois, histoire où il joue lui-même un rôle clé. L’artiste suggère un lien entre l’histoire écrite pour Absalon et l’existence de la statue : le pouvoir d’un homme d’état s’étend au-delà de son ère. Malin, il saura influencer jusqu’à la mémoire collective de son peuple et cette prise d’influence repose sur la maîtrise d’un récit. Si en 1901, on érige deux monuments à l’honneur d’Absalon, il s’agit de la réitération d’une grandeur dont il est doublement l’auteur : par ses accomplissements et par la main mise sur le récit de ses actions. Implicitement, Buckingham affirme ainsi le pouvoir de celui qui relate. Il révèle par ailleurs la dissonance qui accompagne la mise en place de la statue : Heide, le banquier qui l’a financée, ne reçoit l’autorisation de l’édifier qu’après l’inauguration du monument en l’honneur d’Absalon conçu par la ville. On l’oblige aussi à renoncer au discours inaugural prévu. On avait peur que Georg Brandes, le journaliste anti-bourgeois prévu pour le discours, fasse allusion aux pillages commis par Absalon lors de ses combats et qu’il gâche ainsi l’image brillante du héros national.

Klaus Speidel



Un soir, la fille de Louis Le Prince (1842-1890 ?), qui gérait à la fin du XIXe siècle une affaire de production de panoramas à New York s’aventura dans l’atelier de son père. Celui-ci lui ferma la porte au nez. Elle n’eut que le temps d’apercevoir une vive lumière projetée sur une grande toile blanche suspendue dans la pièce. Les débuts du cinéma sont souvent relatés sous cette forme quasi-mythologique. On se souvient par exemple du récit plein de fantômes et de réminiscences de Maxime Gorki, rédigé en 1896 et qui commence par ces mots : « J’étais hier au royaume des ombres (1) ». Ce « il était une fois » de l’invention du cinéma, qui unit à la trouvaille technique le régime des fantasmagories, a donné lieu à l’histoire que l’on connaît aujourd’hui, celle des noms propres : les frères Lumière, Georges Méliès, Thomas Edison.
Dans False Future (2007), Matthew Buckingham ne fait pas l’histoire du « il était une fois », mais celle du « et si ? ». Et si à ces noms propres égrenés par l’histoire officielle il fallait en ajouter un, secret, oublié, que cette histoire aurait simplement oblitéré ? False Future rejoue le scénario originel : sur une toile blanche suspendue, un film 16 mm est projeté, faisant du spectateur contemporain le rejeton de cette petite fille de la légende initiale. Ce que ce film nous raconte, c’est l’histoire de Louis Le Prince, inventeur oublié du cinéma, ayant brutalement disparu dans le train Dijon-Paris le 16 septembre 1890. Louis Le Prince possédait « le secret d’une technologie cinématographique » qui aurait pu concurrencer celle des frères Lumière. Français installé aux États-Unis, il incarne au mieux ces figures d’inventeur de génie comme seul en compte le XIXe siècle. À la recherche d’un moyen pour reproduire le mouvement des images, Le Prince met au point une caméra capable d’exposer seize images par seconde, puis une caméra à objectif unique. En 1890, quelques semaines avant sa disparition, il filme le pont de Leeds. Vingt plans de ce film subsistent aujourd’hui, qui témoignent de l’authenticité de sa découverte.
Pour False Future, le film projeté sur cette toile blanche, réalisé par Matthew Buckingham, d’une durée de dix minutes, rejoue le film de Le Prince, tourné à Leeds. Un plan fixe qui décrit la traversée des passants et des voitures sur ce pont. La voix-off qui l’accompagne raconte l’histoire de Le Prince. Comme souvent dans le travail de l’artiste, celle-ci est « digressive ». Informations factuelles, biographiques ou relevant de pures projections chimériques s’y mêlent : un flux récitatif qui fait coexister des régimes d’énonciation disparates. À l’aspect documentaire de l’installation, qui mène une enquête tant visuelle qu’historiographique, s’adjoint ainsi une sorte de rêverie distante, qui, à sa manière, refait l’histoire : « Si Le Prince avait survécu, le cinéma serait peut-être né cinq ans plus tôt. Au cours de ces cinq années, quels films auraient été réalisés ? Lesquels auraient été sauvegardés ? Nous serait-il aujourd’hui possible d’assister au procès du capitaine Dreyfus, ou au coup d’état des États-Unis à Hawaii ? Aux funérailles d’Elephant Man ? Au massacre des Sioux à Wounded Knee ? » Entre divination et fascination, la proposition de Matthew Buckingham s’autorise d’un récit-fantôme pour réévaluer nos supposées connaissances, faisant d’un scénario de roman policier une étape éventuelle dans l’histoire des images en mouvement.

1. Pour penser les premiers pas du cinéma : Daniel Banda, José Moure (dir.), Le cinéma : naissance d’un art. Premiers écrits. 1895-1920, Champs Flammarion, Paris, 2008. L'ouvrage compile les témoignages – littéraires, journalistiques, scientifiques – qui ont accompagné les premières projections. Le texte de Maxime Gorki « Au royaume des ombres » en fait partie.

Clara Schulmann

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Œuvres de l'artiste
acquises par le FRAC Bourgogne
Image of Absalon to Be Projected Until it Vanishes
Image of Absalon to Be Projected Until it Vanishes, 2001
False Future
False Future, 2007

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Historique des expositions organisées par le FRAC Bourgogne auxquelles l'artiste a participé

Collections sans frontières VI 2007
Matthew Buckingham. Play the Story 2008
Collections sans Frontières IX. You Are My Mirror 2008



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Fonds régional d'art contemporain Bourgogne