Choisissez un artiste dans la liste
John ARMLEDER M
Né en 1948 - Genève Suisse

John Armleder a fondé en 1969, à Genève (avec Patrick Lucchini et Claude Rychner), le groupe Écart et, en 1973, la galerie du même nom. Dans les années soixante-dix, il réalise surtout des performances et des installations, où se ressent nettement l’influence du groupe Fluxus et de son esprit néo-dadaïste et ludique. Cependant, sa pratique du collage le fait évoluer vers des compositions abstraites qui annoncent ses peintures ultérieures. Les années quatre-vingt ont vu sa consécration. Vers 1979, il élabore un "vocabulaire” personnel en mêlant l’abstraction au réemploi de meubles (série des Furniture Sculpture). Il militera lui-même en faveur du regain d’intérêt pour l’abstraction en organisant l’exposition Peinture abstraite à Genève, en 1984, et figurera en première ligne dans la reconnaissance internationale du courant néo-géo. L’abstraction de John Armleder, à la fois cultivée et détachée de toute symbolique pesante, possède un pouvoir décapant et rafraîchissant inégalé (John Armleder a eu des expositions personnelles au Consortium, à Dijon, en 1983 – avec Christoph Gossweiler – et 1989, ainsi qu’à l’Apac, à Nevers, en 1987 – avec Olivier Mosset).
Les trois points rouges, en diagonale, sur panneau perforé, sont une des plus belles peintures abstraites de John Armleder. On peut y lire, dans le retour ironique aux sources de l’abstraction, sa préférence marquée pour la peinture de Francis Picabia (auteur entre autres, d’une célèbre série de points, en 1949). Comme le dit Dieter Schwarz, « les points ne renvoient ni à un concept, ni à un objet ; ce sont des signifiants zéro, introduisant le discours [...] Tout comme Picabia déconstruit ses propres tableaux au moyen de points, les œuvres de John Armleder modifient la perception de celles qui les entourent [...] car elles vous détournent de leur impact direct en faveur d’une appréciation distancée. (1) ». Contrairement à ceux de Francis Picabia, les points de John Armleder sont alignés, par rangées horizontales (ce qui renvoie aux nombreux damiers de la même époque), ou en diagonales, ce qui en accentue l’effet de laconisme et de vacuité. L’artiste a réalisé de nombreux tableaux de ce type entre 1983 et 1987.
En 1992, John Armleder a dénommé rétrospectivement Pour Paintings plusieurs séries de peintures qui se donnent comme autant d’emprunts explicites à Morris Louis, à Larry Poons (coulures), ou à Sigmar Polke, et qu’on pourrait dire à la fois pour (versées, coulées) et poor (pauvres). La série des “taches”, si l’on peut nommer ainsi le genre auquel appartient Sans titre, 1985, est contemporaine à ses débuts de celle des “points”. Dans les œuvres “modèles” de Sigmar Polke, du début des années quatre-vingt, ce dernier se jouait de taches et coulures de produits chimiques instables aux effets incontrôlés. Chez John Armleder, la convocation du hasard n’est pas moindre. Mais vernis et laques sont choisis pour leur fonction première de recouvrement et de finition. L’aspect léché, le propre en quelque sorte du “vernissage”, étant subverti par les bulles, les auréoles, et d’une façon générale par tous les effets dus à la non-miscibilité des émulsions utilisées. Comme dans de nombreuses autres œuvres, John Armleder s’est plu dans celle-ci à magnifier le “ratage”.
Sans titre,1985, convoque un intertexte en provenance de la culture de masse : le puzzle, le vitrail, ou encore le carrelage populaire réalisé avec des chutes de terre cuite – les lignes blanches délimitant les zones polygonales de différentes couleurs renvoyant de ce point de vue aux joints de ciment. Cette image-cliché, que John Armleder se réapproprie, fournit une méthode de remplissage, de saturation de la surface peinte. La peinture se donne ainsi comme quelque chose de facile à faire, en toute désinvolture. Les tons pastel qui dominent contribuent à en faire une “peinture d’ameublement”. Cette œuvre est à rapprocher d’une grande composition de 1984 (300 x 200 cm) et d’une édition de tapis.

Christian Besson

1. Dieter Schwarz, « Un point peut en cacher un autre », in cat. John M Armleder, Kunstmuseum Winterthur, 1987, p. 111.


[haut de page]

Œuvres de l'artiste
acquises par le FRAC Bourgogne
Sans titre
Sans titre, 1984
Sans titre
Sans titre, 1985
Sans titre
Sans titre, 1985

Imprimer

Historique des expositions organisées par le FRAC Bourgogne auxquelles l'artiste a participé

Première présentation d’un choix d’oeuvres 1986
Œuvres choisies du Frac Bourgogne 1986
Choix d’œuvres de la collection du Frac 1986
Le carré 1987
Œuvres de la collection du Frac Bourgogne 1988
Inédits / 1 1989
Un aspect du Frac Bourgogne 1989
Œuvres de la collection du Frac Bourgogne 1989
1968 Théorème 1992
L’hôtel Bouhier de Savigny reçoit le Frac 1994
Surface de réparations 2 1994
Peintures du Fonds Régional d’Art Contemporain de Bourgogne 1995
Les chemins de la création – Frac Bourgogne 1995
Poussière (dust memories) 1998
Le Frac Bourgogne (Extraits) 2000
Bricolage ? 2000
Trésors Publics
20 ans des Frac
 2003
Le Génie du lieu 2005



[haut de page]

Fonds régional d'art contemporain Bourgogne