 |
Grazia Toderi, qui vit à Turin, fait partie d’une nouvelle génération d’artistes italiens préoccupée comme les générations précédentes par la dimension spirituelle, voire métaphysique, de l’œuvre d’art. Pourtant, comme ses jeunes compatriotes, Grazia Toderi sait trouver son inspiration dans l’environnement le plus quotidien. Son travail implique des croisements, entre les techniques et les disciplines artistiques, plus nombreux que ne l’avaient fait les artistes de l’Arte Povera ou a fortiori de la Trans-avant-garde italienne.
Grazia Toderi utilise principalement la vidéo, même si le dessin constitue aussi une part importante de son activité. Ses films sont constitués d’une unique situation qui se perpétue ou évolue lentement pendant un temps assez long, généralement une demi-heure : feuille emportée dans le tourbillon d’un robinet d’eau coulant dans un verre – C’era in lei qualcosa della fata, e niente è più insopportabile, a giudicare dalle fiabe, che vivere con una fata... (1994), jet de douche sur un myosotis – Nontiscordardime (1993), ou l’artiste elle-même en apnée dans le fond d’une piscine – Zuppa dell’eternità e luce improvvisa (1994). Ces vidéos mettent en jeu le riche imaginaire des éléments naturels et une capacité d’invention très surprenante par sa simplicité et son efficacité. Le son constitue également une part importante de ces œuvres.
Terra (1997) est le premier film dans lequel l’artiste a mis en œuvre des techniques sophistiquées de manipulation de l’image. Le plan fixe d’une piste d’aéroport montre un avion qui semble vouloir se poser, descendant très lentement vers le sol tout en s’enfonçant dans la brume. Pourtant, le mouvement s’inverse bientôt et l’avion remonte, dans un lent va-et-vient indéfini. L’appareil semble s’efforcer de percer la surface de l’image, dans le vrombissement puissant des réacteurs qui enveloppe le spectateur. Au premier plan, une petite poupée représentant une personne âgée dans un siège à bascule se balance perpendiculairement à la perspective de la piste. Ce mouvement rapide et saccadé est complètement dissocié du mouvement au ralenti de l’avion, ce qui permet à l’œuvre d’offrir une perception temporelle double, à la fois celle de l’ici et maintenant de la vie réelle et celle plus onirique de l’imaginaire ou de la vie intérieure.
Messaggeri [Les messagers] (1997) est composée de la même façon que Terra, mais seul l’objet du premier plan, à gauche, tournant imperceptiblement sur lui-même (une lampe suspendue ?), est en mouvement. Le reste de l’image est un paysage, totalement fabriqué par l’artiste (il peut faire songer aux fonds des tableaux de peintres de la Renaissance italienne), où par-dessus une montagne couverte de sombres pins, un ciel étoilé est traversé par un météore immobile. Cet appel direct à la méditation ou à la contemplation se trouve renforcé par la bande sonore qui est le double exact du spectacle visuel : une musique religieuse est « parasitée » par des bruits quotidiens (mouvements, claquements de portes), restituant au niveau auditif la dualité de l’imaginaire de Grazia Toderi. L’aspiration à un « ailleurs » trouve, dans l’immédiat des choses, une tension qui démultiplie, pour le spectateur, la qualité essentiellement poétique de ces tableaux inquiets.
Emmanuel Latreille
[top of page]
|
 |
 |
Works of the artist in the Burgundy FRAC collection
|
 |
 |
| |
|
 |
 |
| Terra, 1997 |
|
 |
 |
| Messaggeri, 1997 |
|
 |
| |
|